Recours hypothécaires au Québec : préavis de 60 jours et défenses du débiteur (ZS Avocats)

Recours hypothécaires au Québec : préavis, prise en paiement et vente

Recevoir un préavis de 60 jours d’un créancier hypothécaire est l’un des moments les plus angoissants pour un propriétaire en difficulté. La panique paralyse. Pourtant, ces 60 jours sont une fenêtre critique pendant laquelle plusieurs options existent encore. Cet article expose les recours hypothécaires au Québec, les protections du débiteur et les leviers de négociation qui s’effondrent si on attend trop.

D’abord, une précision. Les recours hypothécaires ne sont pas instantanés. La loi impose au créancier un parcours précis avec des délais incompressibles. Donc, le temps joue à la fois pour et contre le débiteur, selon ce qu’il en fait.

En bref. Les recours hypothécaires au Québec sont au nombre de quatre : la prise de possession, la prise en paiement, la vente sous contrôle de justice et la vente par le créancier. Le créancier doit d’abord signifier un préavis de 60 jours publié au registre foncier. Pendant ce délai, le débiteur conserve plusieurs options : remédier au défaut, refinancer, vendre l’immeuble lui-même ou contester.

Recours hypothécaires au Québec : préavis de 60 jours et défenses du débiteur (ZS Avocats)
Les recours hypothécaires au Québec laissent au débiteur une fenêtre de 60 jours pour réagir.

Dans cet article

  1. Le préavis de 60 jours : forme et effets
  2. Les quatre recours hypothécaires au Québec
  3. La prise en paiement et ses pièges
  4. La vente sous contrôle de justice
  5. Les défenses du débiteur
  6. Ce qu’il faut retenir

Le préavis de 60 jours : forme et effets

Avant d’exercer un recours hypothécaire, le créancier doit signifier au débiteur un préavis écrit. L’article 2758 du Code civil du Québec fixe son contenu obligatoire.

  • La description de l’hypothèque et de l’immeuble.
  • Le montant exact dû (capital, intérêts, frais).
  • Le recours envisagé (prise en paiement, vente sous contrôle de justice, etc.).
  • Le délai de 60 jours (immeuble résidentiel ou commercial) ou 20 jours (biens meubles) pour remédier au défaut.
  • La date à compter de laquelle le créancier pourra agir.

Le préavis doit aussi être publié au registre foncier. Cette publication déclenche le délai et alerte les tiers (autres créanciers, acheteurs potentiels). Ainsi, vérifier au registre dès la réception du préavis permet de confirmer sa validité formelle.

Les quatre recours hypothécaires au Québec

La loi met à disposition du créancier quatre voies distinctes. Chacune a ses avantages et ses risques.

Recours 1. La prise de possession à des fins d’administration

Le créancier prend possession de l’immeuble pour le gérer (collecter les loyers, par exemple), sans en devenir propriétaire. C’est rare en pratique mais utile pour les immeubles à revenus.

Recours 2. La prise en paiement

Le créancier devient propriétaire de l’immeuble en échange de l’extinction de la dette. C’est la voie la plus rapide et la plus utilisée. Cependant, elle est soumise à plusieurs protections du débiteur (voir section suivante).

Recours 3. La vente sous contrôle de justice

Le créancier obtient un jugement ordonnant la vente de l’immeuble par un huissier ou un courtier nommé. Le produit de la vente paie d’abord les frais, puis les hypothèques par ordre de rang. C’est la voie la plus transparente.

Recours 4. La vente par le créancier

Le créancier vend lui-même l’immeuble selon les règles du Code civil. Cette voie est rarement utilisée en immeuble résidentiel parce qu’elle expose le créancier à des contestations.

La prise en paiement et ses pièges

La prise en paiement présente plusieurs particularités importantes pour le débiteur.

Extinction de la dette. Une fois la prise en paiement effectuée, la dette est éteinte, même si la valeur de l’immeuble est inférieure au solde hypothécaire. C’est donc parfois une bonne issue pour un débiteur en surendettement.

Protection du débiteur ayant payé 50 % ou plus. Si le débiteur a déjà remboursé la moitié de la dette, il peut exiger que le créancier procède par vente sous contrôle de justice (et non par prise en paiement). C’est une protection clé contre la dépossession à valeur dévaluée.

Délaissement obligatoire. Le débiteur doit délaisser volontairement l’immeuble ou y être contraint par jugement. Le créancier ne peut pas simplement déposséder sans procédure.

Notamment, dans un dossier d’immeuble surévalué hypothéqué, la prise en paiement peut éteindre une dette de 800 000 $ contre un immeuble qui n’en vaut que 600 000 $. C’est une fenêtre stratégique trop souvent négligée.

La vente sous contrôle de justice

Cette voie est la plus longue mais la plus encadrée. Elle se déroule en plusieurs étapes.

  1. Le créancier obtient un jugement autorisant la vente.
  2. Le tribunal nomme un officier (huissier ou courtier) pour procéder à la vente.
  3. L’immeuble est mis en vente selon les conditions fixées par le tribunal.
  4. Une fois vendu, le produit est distribué : frais, créances prioritaires, créanciers hypothécaires dans l’ordre de rang, puis le solde au débiteur.

Délai typique : de 12 à 24 mois selon la complexité. Cependant, pendant cette période, le débiteur peut continuer à habiter l’immeuble dans certains cas, ou continuer à percevoir les loyers s’il s’agit d’un immeuble à revenus.

Par ailleurs, le débiteur conserve le droit de vendre l’immeuble lui-même pendant la procédure, à condition de rembourser les créanciers dans l’ordre. Cette option permet souvent de récupérer une partie de l’équité.

Les défenses du débiteur

Plusieurs défenses sont possibles contre un recours hypothécaire au Québec.

  • Vice de forme du préavis. Un préavis incomplet ou mal signifié est invalide. Le créancier doit recommencer la procédure.
  • Remédier au défaut. Pendant les 60 jours, payer les arrérages et les frais arrête la procédure.
  • Demander un délai supplémentaire au tribunal. Possible si le débiteur démontre qu’il peut payer ou refinancer dans un délai raisonnable.
  • Contester le montant. Si le créancier réclame des intérêts ou des frais excessifs, ils peuvent être réduits.
  • Faire valoir une proposition concordataire. Sous la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, une proposition peut suspendre les recours hypothécaires temporairement.

Ce qu’il faut retenir sur les recours hypothécaires au Québec

Le préavis de 60 jours n’est pas une condamnation. C’est une fenêtre de négociation à exploiter immédiatement.

Cinq réflexes dès la réception d’un préavis.

  • Lire le préavis ligne par ligne. Vérifier les délais, le montant, le type de recours.
  • Calculer la valeur réelle de l’immeuble. Une expertise rapide guide les décisions.
  • Évaluer les options : refinancement, vente volontaire, négociation avec le créancier, contestation.
  • Documenter les paiements faits (capital remboursé, valeur d’équité). C’est la clé de la protection 50 %.
  • Consulter un avocat dans les 7 jours. Plus on attend, plus les options se réduisent.

Un préavis bien géré peut transformer une situation catastrophique en sortie acceptable. En pratique, les meilleurs résultats viennent toujours d’une action rapide et réfléchie.

Pour aller plus loin, voir aussi nos articles sur le recouvrement de loyer commercial et sur la fin d’indivision d’une propriété.


Cet article propose des explications à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. Un dossier de recours hypothécaire est urgent et complexe. Pour évaluer votre situation, parlez à un avocat sans tarder.

Me Samy Ziada, avocat au Barreau du Québec, ZS Avocats, 500 Place d’Armes, Bureau 1800, Montréal. samy@zsavocats.com, 438-738-8678.


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