Vices cachés au Québec : 5 signaux à repérer avant l'achat (ZS Avocats)

Vices cachés au Québec : 5 signaux à repérer avant d’acheter

J’ai vu trop d’acheteurs au Québec découvrir un défaut majeur trois semaines après la passation de titres. Une fondation qui pleure, un sous-sol qui sent le moisi, une électricité qui n’a plus rien des normes des années 2020. Et la question qui suit est toujours la même : est-ce qu’on pouvait le voir avant ? Cet article explique comment repérer les vices cachés au Québec avant l’achat, en s’appuyant sur ce qu’un avocat regarde quand il évalue un dossier.

La réponse honnête à la question de l’acheteur est presque toujours la même : oui, dans la majorité des cas, certains signaux étaient là. L’inspection préachat ne les a juste pas vus, ou le vendeur a su les masquer. Ainsi, savoir où regarder change tout.

En bref. Un vice caché au Québec est un défaut grave, antérieur à la vente, non apparent et qui rend le bien impropre à l’usage prévu. Par exemple, une fondation corrodée ou un drain français obstrué. L’inspection préachat ne le détecte presque jamais. Pour s’en prémunir, il faut examiner cinq zones précises, exiger des réponses écrites du vendeur et photographier chaque détail avant la passation de titres.

Vices cachés au Québec : 5 signaux à repérer avant l'achat (ZS Avocats)
Détecter les vices cachés au Québec avant la signature évite des litiges coûteux.

Dans cet article

  1. Vices cachés au Québec : la définition légale
  2. Pourquoi l’inspection préachat ne suffit presque jamais
  3. Cinq zones à examiner avant l’achat
  4. Les questions qui doivent rester par écrit
  5. Le piège des déclarations du vendeur
  6. Ce qu’il faut retenir

Vices cachés au Québec : la définition légale

L’article 1726 du Code civil du Québec impose au vendeur une garantie de qualité. Concrètement, le bien vendu doit être exempt, lors de la vente, de vices qui le rendent impropre à l’usage auquel on le destine ou qui en diminuent tellement l’utilité que l’acheteur ne l’aurait pas acquis, ou n’aurait pas payé un si haut prix, s’il les avait connus.

Pour parler d’un vice caché au sens du droit québécois, quatre conditions doivent toutes être réunies.

  • Le défaut doit être grave. Une porte qui grince ne suffit pas. En revanche, une fondation fissurée qui laisse passer l’eau, oui.
  • La nature du défaut doit être cachée. Un acheteur prudent et diligent ne pouvait pas le voir. Par exemple, une tache d’eau évidente au plafond n’est pas un vice caché. Elle est apparente.
  • L’existence du défaut doit précéder la vente. Une fuite qui apparaît trois ans après l’achat n’est pas couverte si l’usure normale en est la cause. Cependant, si la conduite était corrodée à 80 % au jour de la vente, c’est différent.
  • L’acheteur doit l’ignorer. Si le vendeur l’a dénoncé par écrit ou si l’inspecteur l’a mentionné dans son rapport, ce n’est plus caché.

Sans les quatre conditions, le recours échoue. D’ailleurs, c’est là que la majorité des dossiers se perdent en cour.

Pourquoi l’inspection préachat ne suffit presque jamais

L’inspection préachat est utile. Elle est même devenue un réflexe pour tout acheteur sérieux. Cependant, elle n’est pas une assurance contre les vices cachés au Québec.

En effet, un inspecteur préachat fait une inspection visuelle. Il ne perce pas les murs. La fournaise n’est pas démontée. La cheminée reste hors de portée. Par ailleurs, la caméra thermique n’est pas systématique. Ses observations se limitent donc à ce qui est accessible un mardi après-midi en trois heures.

Dans un dossier que j’ai vu récemment, l’inspecteur avait noté une trace d’humidité minime dans le coin nord-ouest du sous-sol. L’acheteur a signé. Trois mois plus tard, après deux orages d’octobre, le sous-sol entier inondait. En fait, la petite trace cachait un drain français complètement obstrué. L’inspecteur n’avait ni la mission ni les outils pour creuser jusqu’à la conduite.

Conclusion pratique. Un rapport d’inspection préachat sans observation n’équivaut pas à un certificat d’absence de vice caché. Loin de là.

Cinq zones à examiner avant l’achat

Le sous-sol

C’est la zone numéro un des litiges. Ainsi, cherchez ces indices au moment de la visite.

  • Odeur de terre humide ou de moisi.
  • Peinture fraîche dans les coins inférieurs des murs.
  • Traces blanchâtres (efflorescence) sur le béton.
  • Joint de silicone neuf autour des fissures de fondation.
  • Déshumidificateur branché en permanence.

Si un de ces signaux apparaît et que le vendeur affirme que le sous-sol est sec, demandez-le par écrit dans la promesse d’achat. Vous serez content de l’avoir si un litige survient plus tard.

La toiture et les soffites

La durée de vie d’un bardeau d’asphalte au Québec varie entre 15 et 25 ans selon l’exposition au soleil et au verglas. Donc, demandez d’abord l’année de la dernière réfection. Vérifiez ensuite les soffites pour les traces de papier de toiture détaché. Puis, regardez le faîtage de l’extérieur. Une ondulation sur la ligne du toit indique souvent un problème de structure ou d’humidité accumulée dans l’entretoit.

La plomberie cachée

Demandez d’abord l’année des conduites principales. Le cuivre, par exemple, dure longtemps. En revanche, le plomb (encore présent dans certains immeubles anciens) est un drapeau rouge. Les conduites Kitec, quant à elles, ont fait l’objet d’un recours collectif au Canada en 2011 et sont sujettes à des fuites par corrosion galvanique. Notamment, si la maison a été bâtie entre 1995 et 2007, posez la question explicitement.

L’électricité

Un panneau de 100 ampères avec disjoncteurs de marque Federal Pioneer (FPE) est connu pour avoir des défauts de déclenchement et est régulièrement refusé par les assureurs. Les inspecteurs sérieux le notent. Toutefois, si rien n’est noté, ouvrez le panneau et regardez la marque vous-même.

La structure et la fondation

Marchez le plancher. Sentez-vous une pente notable ? Ensuite, ouvrez et fermez chaque porte. Une porte qui frotte n’est pas anodine. Par ailleurs, regardez les portes-fenêtres : un écart inégal entre la porte et le cadre signale souvent un mouvement de fondation.

Les questions qui doivent rester par écrit

L’oral ne vaut presque rien dans un litige immobilier. Par conséquent, toutes vos questions au vendeur doivent passer par votre courtier et figurer dans la déclaration du vendeur ou en annexe de la promesse d’achat.

Voici une liste minimale.

  1. La fondation a-t-elle déjà été réparée ?
  2. Le sous-sol s’est-il déjà inondé ?
  3. Le toit a-t-il été refait ? Si oui, en quelle année et par qui ?
  4. Y a-t-il eu une infestation (mulots, fourmis charpentières, punaises) ?
  5. Avez-vous fait une déclaration de sinistre à votre assureur dans les cinq dernières années ?
  6. Les voisins immédiats ont-ils eu des problèmes similaires ?

Une réponse négative écrite et fausse devient une fausse déclaration. À ce moment, le recours contre le vendeur change complètement de nature et de puissance. Autrement dit, le dossier passe d’une réclamation civile à un dossier de dol.

Le piège des déclarations du vendeur

La Déclaration du vendeur sur l’immeuble (formulaire DRP de l’OACIQ) est un outil puissant et dangereux. Pour l’acheteur, c’est une mine d’or de preuves potentielles. En revanche, pour le vendeur, c’est un piège juridique s’il ment ou s’il oublie volontairement de cocher la bonne case.

Vérifiez ligne par ligne. Soulignez tout ce qui semble incomplet. Par exemple, si la case Non est cochée pour problèmes d’humidité connus et que vous voyez des traces de peinture fraîche dans les coins du sous-sol, demandez au vendeur une mention manuscrite confirmant sa réponse. Ainsi, c’est ce qui fait la différence entre un recours civil ordinaire fondé sur l’article 1726 et un recours pour dol contractuel fondé sur l’article 1401, beaucoup plus puissant en cour.

Notons aussi qu’un vendeur de mauvaise foi engage sa responsabilité personnelle pour les dommages causés. Cela inclut les frais d’expertise, les frais d’hébergement temporaire et parfois même un préjudice moral.

Ce qu’il faut retenir sur les vices cachés au Québec

Un vice caché bien préparé en amont devient un recours solide quand il se révèle. Mal préparé, il devient un cauchemar à 50 000 $ et quatre ans de procédure. Donc, l’investissement vaut la peine.

Trois habitudes à prendre avant de signer.

  • Photographier chaque pièce, chaque angle, chaque coin du sous-sol, avant la passation. Avec les métadonnées datées.
  • Mettre par écrit toutes les déclarations du vendeur. Aucune réponse orale ne sert en cour.
  • Demander une seconde opinion à votre avocat avant de signer si quelque chose vous chicote. Un appel de 30 minutes coûte moins cher qu’un litige.

L’achat d’une maison est sans doute le plus gros achat de votre vie. Vingt minutes de vigilance pendant la visite valent les dizaines d’heures de tribunal que vous ne ferez pas. En pratique, prendre cette précaution avant de signer revient à acheter une assurance gratuite.

Pour aller plus loin, vous pouvez aussi consulter nos articles sur les clauses pénales en bail commercial et sur la résiliation de bail commercial au Québec, qui couvrent d’autres aspects du droit immobilier québécois.


Cet article propose des explications à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. Chaque transaction immobilière a ses particularités. Pour faire évaluer votre situation avant ou après l’achat, parlez à un avocat.

Me Samy Ziada, avocat au Barreau du Québec, ZS Avocats, 500 Place d’Armes, Bureau 1800, Montréal. samy@zsavocats.com, 438-738-8678.


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