Le départ d’un mauvais locataire ne règle pas tous les problèmes. Trou dans la porte, brûlure dans le comptoir, peinture inutilisable, plancher rayé, dégât d’eau ignoré. Les dommages au logement qu’il laisse derrière lui peuvent dépasser largement le dépôt qu’il n’a souvent même pas versé. Cet article expose les recours du propriétaire pour récupérer le coût des dommages, les délais à respecter et les pièges procéduraux à éviter.
D’abord, une réalité. Le propriétaire qui n’agit pas vite après le départ d’un locataire perd presque toujours ses chances de recouvrement. Donc, la diligence des 30 premiers jours est critique.
En bref. Les dommages au logement causés par un locataire peuvent être réclamés au TAL ou en Cour du Québec. Le propriétaire doit prouver l’état antérieur, documenter les dommages, faire évaluer les coûts par un professionnel et déposer sa demande dans les 3 ans suivant la découverte. Un état des lieux signé et des photos datées sont essentiels.

Dans cet article
- La preuve de l’état antérieur : votre meilleure protection
- Documenter les dommages au logement après le départ
- Dommage ou usure normale : la distinction critique
- Procédure au TAL ou en Cour du Québec
- Exemples chiffrés de dommages recouvrables
- Ce qu’il faut retenir
La preuve de l’état antérieur : votre meilleure protection
Sans preuve de l’état du logement à l’entrée du locataire, vos chances de recouvrement chutent drastiquement. La règle d’or : tout est documenté ou rien n’existe.
Quatre éléments à conserver dès l’entrée du locataire.
- État des lieux écrit et signé. Pièce par pièce, élément par élément. État des murs, planchers, électroménagers, fenêtres, etc.
- Photos datées. Idéalement avec métadonnées du téléphone, ou tirées à l’imprimante avec la date apparente.
- Vidéo de visite. Une visite filmée de 5 minutes vaut 1000 mots dans un litige.
- Liste des inventaires fournis. Électroménagers, mobilier si fourni, accessoires permanents.
Concrètement, sans ces éléments, le TAL ou le tribunal tient pour acquis que le logement était en bon état à l’entrée du locataire et que les dégradations sont dues à l’usure normale. Donc, vous perdez d’avance.
Documenter les dommages au logement après le départ
Dès la remise des clés ou la fin du bail, agissez immédiatement. Les premières 72 heures sont cruciales.
- Inspection complète. Comparez l’état actuel à l’état des lieux d’entrée, pièce par pièce.
- Photographier chaque dommage. Plan large + gros plan + avec un objet de référence (règle, pièce de monnaie) pour montrer l’échelle.
- Obtenir des devis ou factures. Trois devis pour les gros dégâts, un seul minimum pour les petits.
- Envoyer une mise en demeure. Dans les 30 jours, par courrier recommandé, avec liste des dommages et coût estimé.
Par ailleurs, ne touchez à rien avant d’avoir tout documenté. Une réparation faite trop vite peut compromettre votre dossier devant le tribunal.
Dommage ou usure normale : la distinction critique
L’article 1890 du Code civil du Québec oblige le locataire à rendre le logement dans l’état où il l’a reçu, sauf pour l’usure normale. Cette distinction est au cœur de la majorité des litiges.
Exemples d’usure normale (non recouvrable) :
- Pâleur de la peinture après plusieurs années.
- Usure des planchers de bois aux endroits de passage.
- Petites marques de chaises sur les murs.
- Joints de calfeutrage de salle de bain qui jaunissent.
Exemples de dommages (recouvrables) :
- Trou dans un mur (peu importe la taille).
- Brûlures de cigarette sur les comptoirs.
- Plancher gravement rayé par des meubles ou animaux.
- Vitre cassée.
- Peinture intentionnellement abîmée ou non couvrante.
- Moisissures dues à un défaut d’aération du locataire.
En cas de doute, demandez un avis professionnel. Notamment, un inspecteur en bâtiment peut produire un rapport qui vaut pleinement devant le TAL.
Procédure au TAL ou en Cour du Québec
Le choix du tribunal dépend du montant réclamé et du type de bail.
- TAL. Compétent pour les baux résidentiels, sans plafond strict sur les dommages. Procédure rapide et économique.
- Cour du Québec. Compétente pour les baux commerciaux et pour les dommages-intérêts au-delà des compétences du TAL.
Délais à respecter.
- Mise en demeure. Dans les 30 jours suivant la fin du bail, idéalement.
- Demande au tribunal. Dans les 3 ans à compter de la découverte des dommages.
De plus, si le locataire a fait une retenue d’eau, d’électricité ou de gaz, ces frais peuvent aussi être réclamés. Conservez les factures.
Exemples chiffrés de dommages recouvrables
Voici des ordres de grandeur tirés de la jurisprudence québécoise récente.
- Trou dans une porte intérieure : 200 à 600 $ (réparation + repeinture).
- Plancher de bois flottant à remplacer dans une pièce : 1 500 à 3 500 $.
- Comptoir de cuisine brûlé : 1 200 à 4 000 $ selon le matériau.
- Salle de bain endommagée (céramique, robinetterie) : 3 000 à 8 000 $.
- Nettoyage industriel (logement insalubre) : 1 000 à 3 000 $.
- Loyer perdu pendant la remise en état : 1 à 3 mois de loyer selon les travaux.
Cependant, le tribunal applique parfois un coefficient d’usure. Par exemple, un plancher déjà partiellement usé peut donner droit à 70 % seulement du coût de remplacement. Préparer cet argument à l’avance évite les mauvaises surprises.
Ce qu’il faut retenir pour récupérer les dommages au logement
Recouvrer des dommages causés par un locataire est possible, mais c’est un travail de documentation rigoureuse. Quatre réflexes pour le propriétaire.
- Faire un état des lieux signé et photographié à l’entrée de chaque locataire.
- Documenter les dommages dans les 72 heures suivant la fin du bail.
- Distinguer dommage et usure normale avant de chiffrer.
- Envoyer une mise en demeure formelle dans les 30 jours.
En somme, le propriétaire diligent gagne ses dossiers de dommages au logement. Celui qui improvise les perd presque toujours.
Pour aller plus loin, voir aussi nos articles sur la reprise de logement au TAL et sur la sous-location au Québec.
Cet article propose des explications à titre informatif et ne constitue pas un avis juridique. Pour évaluer votre recours en dommages au logement, parlez à un avocat.
Me Samy Ziada, avocat au Barreau du Québec, ZS Avocats, 500 Place d’Armes, Bureau 1800, Montréal. samy@zsavocats.com, 438-738-8678.

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